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Prénom Celine
Age 25
But du voyage Tourisme
Date de départ 03/10/11
Nom Cetre
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Durée du séjour 1 an
Nationalité France
Description
Voyageuse dans l'âme, voilà que je me lance dans un nouveau défi : après l'Australie, place à l'Amérique Latine. 1 an, c'est le temps dont je dispose pour en faire le tour. Quasiment tous les pays de cette région du globe seront visités.
Le challenge s'annonce plus compliqué que lors de mon précédent voyage. En effet, en Australie je n'avais pas vraiment à me soucier de problèmes tels que l'insécurité, les dangers sanitaires, ou encore le passage de multiples frontières. À cela s'ajoute la barrière de la langue, puisque je ne parlais pas un mot d'espagnol au moment de partir. Mon périple va donc débuter par deux mois de cours d'espagnol au Guatemala, logée chez une famille guatémaltèque. S'en suivra 1 mois de volontariat, toujours au Guatemala. Ensuite, ce sera l'aventure. J'irais où le vent me mènera.
Note: 4,9/5 - 50 vote(s).



Localisation : Pérou
Date du message : 13/06/2012
Diaporama des photos de ce message
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 Le Vallunaraju, 5686m d’altitude

Si vous vous rappelez bien, quand j’étais à Sucre, en Bolivie, j’ai fait un trek de trois jours dans les montagnes alentours. Lors de celui-ci, j’avais fait la connaissance d’un couple de français très sympas avec qui j’étais toujours restée en contact. En effet, ils voyageaient pour trois mois et prévoyaient de faire à peu près le même itinéraire que moi, à savoir Bolivie-Pérou-Equateur. Donc, on savait que même si dans l’immédiat nos chemins devaient se séparer, il était possible qu’on se retrouve quelque part ailleurs en cours de route. Depuis ce jour-là, nous n’avons fait que nous croiser, l’un partant d’une ville au moment ou l’autre arrivait. Quelques fois, nous étions dans la même ville le temps d’une soirée, mais nous ne nous en rendions compte que plus tard. 

Alors que j’étais encore à Lima, j’ai reçu un email de leur part me disant qu’ils allaient se rendre à Huaraz le lendemain au cas où j’y étais déjà. Manque de bol, je ne pouvais y aller que deux jours plus tard car il fallait que je rende visite à Victor avant, ce que je leur ai donc dit, mais sachant qu’il était quand même possible qu’on arrive à se croiser au moins un jour.

Le soir où je suis arrivée à Huaraz, je n’ai regardé mes emails que vers 21h30. Ils m’avaient écrit qu’ils étaient bien arrivés à Huaraz, et qu’ils allaient partir pour un trek de 4 jours dès le lendemain. Ils m’avaient donné le nom de l’hôtel dans lequel ils étaient, mais comme il faisait nuit et que je ne connaissais pas la ville, il m’était impossible de les rejoindre. Une nouvelle fois, nous allions nous croiser. Mais en plus de tout ça, ils me disaient aussi que juste après le trek ils allaient enchainer directement sur une expédition de deux jours pour grimper le Vallunaraju à 5686m d’altitude. En gros, ils me disaient qu’il y aurait alors à ce moment là une fenêtre d’une demi-journée pour se voir. Heureusement, ils mentionnaient aussi dans le mail le nom de l’agence par laquelle ils étaient passés. 

Ni une ni deux, je me suis dit que s’il était trop tard pour le trek, je pouvais peut-être les rejoindre pour ce sommet. Dès le lendemain, je me suis donc mise à la recherche de cette fameuse agence dont ils m’avaient parlé. Mes parents se rendent certainement compte de la difficulté de ce genre de recherche, les agences étant EXTREMEMENT nombreuses dans chaque ville de Pérou. Il s’agit en fait presque de chercher une aiguille dans une botte de foin. Coup de chance, il s’est avéré que l’aiguille en question était assez grosse, puisqu’il s’agissait d’une des agences les plus importantes de la ville, et que le gars de la réception de mon hôtel a pu m’indiquer où elle se trouvait. Je m’y suis donc rendue, et je leur ai bien expliqué que je voulais m’inscrire le même jour et dans le même groupe que Marjolaine et Xavier (il faut bien que je les nomme à un moment ou à un autre). Avant ça, je m’étais quand même bien sûr fait expliquer en quoi consistait exactement ce à quoi je m’engageais, parce qu’après tout, ce n’était pas rien ! Je me suis même payée le luxe de négocier le prix de 10$, même si je ne pouvais pas faire jouer la concurrence. Malgré tout, ça restait cher, mais c’était normal car cela impliquait beaucoup de matériel technique, des guides expérimentés et de tous petits groupes.

 

Laissez-moi maintenant vous dire ce que je savais de cette expédition. Déjà, je croyais à ce moment-là que le sommet n’était « qu’à » 5650m de haut. Or, comme vous l’avez vu, c’était en fait 5686m. Et croyez-moi, 36m à cette altitude, c’est énorme ! Je savais aussi que le premier jour il faudrait grimper jusqu’au camp de base, au pied du glacier, avec toutes les affaires nécessaires sur le dos, et que le lendemain nous ne prendrions que le nécessaire pour l’ascension, en laissant le reste au camp de base le temps de monter et descendre. Comme vous avez pu le voir, j’ai mentionné le mot « glacier ». En effet, en plus d’être haut, ce sommet est enneigé à partir de 5000m environ, c’est-à-dire une difficulté supplémentaire. Mais ce que je savais également, et qui me faisait le plus peur, c’était qu’il allait faire froid, très froid. Déjà, quand on avait dormi à 3800m dans le trek du Machu Picchu, j’avais eu froid toute la nuit un truc de fou. Alors sachant que cette fois on dormirait à 4900m, j’étais absolument terrifiée. Enfin, j’ai aussi oublié de préciser que je savais également qu’on se lèverait vers une ou deux heure du matin le deuxième jour pour marcher de nuit jusqu’au sommet. Curieusement, ce détail me faisait nettement moins peur que le froid. Eh ben vous savez quoi, en dehors du fait de se lever tôt, le froid fût finalement ce qu’il me fût le moins difficile à affronter. Ceux qui connaissent ma profonde aversion pour le froid peuvent alors imaginer comme j’ai souffert, d’autant plus qu’il faisait entre -10 et -15°C.

 

Mais bon, venons-en maintenant à l’aventure en elle-même. Tout d’abord, ce fût les retrouvailles avec Xavier et Marjolaine. Je leur avais envoyé un mail pour les prévenir que j’avais pu m’inscrire dans leur groupe, mais visiblement ils ne l’avaient pas vu car leur surprise a été totale quand ils m’ont vu débarquer. Quand ils s’étaient inscrits, il n’y avait qu’eux dans le groupe. En rentrant de leur trek de quatre jours, ils ont demandé si d’autres personnes s’étaient inscrites, et on leur avait répondu qu’effectivement il y avait une troisième personne. Les pauvres ont passé la nuit à redouter qu’il s’agisse d’un Israélien. Attention, il ne s’agit aucunement d’antisémitisme, mais les personnes qui ont l’habitude de voyager comprendront. 

À partir du moment de nos retrouvailles, le monde autour de nous a cessé d’existé et nous avons passé tout le trajet jusqu’au départ de la balade à causer et à nous raconter nos aventures diverses. Au retour, nous avons pu nous rendre compte que le trajet était assez long, chose dont nous n’avions pas du tout eu conscience à l’aller. Mais au moment d’attaquer la montée, nous n’avons pas tardé à nous taire. Tiens ? C’est bizarre ça ! 

Avant ça, nous avons chacun reçu les derniers éléments d’équipement qui nous manquait pour les mettre dans nos sacs : crampons, baudrier, piolet, sac de couchage, matelas,… Et dans mon cas, chaussures également. En effet, si j’ai des chaussures de marche, celle-ci ne convenaient pas pour fixer les crampons dessus. On m’a donc prêté une paire spéciale. Je les avais bien sûr testées la veille, mais déjà là je n’étais pas convaincue. En effet, il s’agissait de chaussures super rigides qui me faisaient limite penser à des chaussures de ski. Si je pensais qu’effectivement elles devaient être pratiques avec des crampons au pied, j’étais plus que sceptique pour la partie sans neige, qui constituait quand même un dénivelé de 600m. Et effectivement, c’était assez casse-gueule, d’autant plus que le degré de la pente était hyper élevé. En effet, pas de lacet ici. Pour grimper, on y va direct à flan de montagne. Quand il y avait des sortes de marches, ça allait à peut-près car mon pied était à plat, mais quand il n’y en avait pas, c’était très compliqué de mettre mon pied dans le sens de la pente, tout simplement car a cheville était complètement bloquée par ces maudites chaussures. Je n’ai pas tardé à avoir mal au niveau du talon à cause des frottements. Au début de la montée, je n’ai pas eu trop de problème physique. Mais dès qu’on a commencé à être à peut-près à mi-chemin, vers 4600m d’altitude, il est devenu de plus en plus dur de prendre mon souffle. J’avais fait très attention à ne prendre que le strict nécessaire dans mon sac, et j’y étais plutôt bien parvenue. Mais avec tout l’équipement d’alpinisme et les vêtements chauds que l’agence m’avait prêtés, j’avais quand même un peu de poids sur les épaules. Moins de 10kg je pense, mais à cette altitude chaque gramme compte. Il m’a donc fallu un certain nombre de pauses plus ou moins longue, mais éventuellement j’ai fini par arriver au camp après environ 2h30 pauses comprises. Marjolaine et Xavier ont eu un peu moins de mal que moi, en partie grâce au trek de 4 jours à 4600m qu’ils avaient fait avant ça qui les a bien acclimatés, mais ils ont quand même souffert eux-aussi. 

Une fois au camp de base, nous avons monté les tentes avant de nous installer, et j’ai eu la surprise de découvrir que j’avais une tente pour moi toute seule. Ça ne m’aurait pas dérangé de partager avec Marjolaine et Xavier, j’aurais eu moins peur d’avoir froid. Il était à peine plus de midi à ce moment là, et le cuisinier nous a préparé un peu à manger pour nous requinquer. Il y avait encore du soleil, donc la température était encore correcte. Je n’ai cependant pas tardé à me changer et à mettre la doudoune et le pantalon de ski qu’on m’avait prêté. 

Pendant la montée, environ 100m plus bas que le camp de base, j’avais commencé à ressentir un léger mal de tête. Après le repas de midi, celui-ci n’était toujours pas parti malgré le comprimé d’Ibuprofène que j’avais pris. Comme il n’y avait rien de spécial à faire, je suis ensuite allée m’allonger dans ma tente en espérant qu’un peu de repos soulage ma tête. Peine perdue, à 17h, quand il fût l’heure du repas du soir, j’avais toujours mal. À ce moment là, je sentais que mes chances d’atteindre le sommet étaient fortement hypothéquées si je n’arrivais pas à me débarrasser de ce mal. Ce n’est pas que j’étais torturée de douleur, loin de là, mais je savais qu’en montant 800m de plus le lendemain ça n’allait pas s’arranger, et que je risquais de devoir abandonner en chemin. Mais miracle, juste après avoir mangé la soupe et l’infusion de coca du repas du soir, j’ai tout de suite senti l’étau se desserrer. Plus que l’altitude, c’était en fait la déshydratation qui parlait. Je me suis alors jurée qu’on ne m’y reprendrait plus, et que je ferais des efforts pour boire beaucoup pendant l’ascension le lendemain. Sinon, j’avais aussi un autre sujet d’inquiétude qui était mon c½ur (rappelez-vous mon précédent message), mais je ne ressentais rien de bizarre de ce côté-là pour le moment donc j’étais plutôt rassurée. 

Déjà pendant le repas du soir, on pouvait sentir que la température avait considérablement baissé. Je n’ai alors pas manqué d’aller une dernière fois aux toilettes avant d’aller dans la relative chaleur de ma tente, sachant qu’une sortie de ce type en pleine nuit serait très délicate. Il était alors à peine 18h, mais juste après avoir observé les belles couleurs du coucher de soleil sur les glaciers alentours, nous sommes nous aussi allés nous coucher. Rappelez-vous qu’il nous faudrait ensuite nous réveiller très tôt. De plus, il n’y avait absolument aucun intérêt à rester dehors à la nuit tombée pour se cailler. Dormir était donc la seule chose raisonnable à faire. Je me suis alors enveloppée dans mes sacs de couchages et ai fermé les yeux. Oui, vous avez bien lu, j’ai dit « mes » sacs de couchage. Pourquoi ? Tout simplement parce que je m’étais payé le luxe d’emporter en plus mon petit sac de couchage léger, que j’ai mis en doublure du bon gros duvet en plume qu’ils m’avaient donné. Ce duvet était déjà très bon, mais j’étais bien contente d’avoir ma couche supplémentaire, et ça a plutôt bien marché. Je n’avais pas chaud, mais je n’avais pas froid non plus. Après, le matelas n’était pas super confortable donc je me suis pas mal retournée pendant la nuit, mais c’est un autre problème, et ça ne m’a pas empêchée de dormir de temps en temps.

 

Quand le guide est venu gratter à ma tente à une heure du matin pour me réveiller, j’avais tout sauf envie de quitter la chaleur de mon duvet. Mais il le fallait, alors j’ai pris mon courage à deux mains et je me suis habillée le plus chaudement possible. Avec tout ça sur moi, je n’ai pas vraiment senti le froid me mordre quand je suis sortie de la tente. J’avais juste froid aux pieds, malgré les deux paires de chaussettes que j’avais enfilées. J’ai essayé de me les réchauffer comme je pouvais pendant que l’on prenait le petit-déjeuner, mais rien à faire. Nous avons ensuite enfilé le baudrier et mis nos guêtres de protection sur le bas de jambes, puis nous avons commencé à marcher. Nous n’avions pas encore mis les crampons puisque nous n’étions pas encore tout à fait au niveau de la neige, mais nous les avions dans les sacs. Dans ces derniers, nous avions aussi de l’eau, de quoi manger un peu, le piolet, mais c’était tout. Il fallait être le plus léger possible. 

Après nous être élevé de 100m de plus en escaladant plus ou moins des rochers sans suivre de réel chemin, nous sommes arrivés au pied du glacier. J’étais déjà épuisée… Mais surtout, j’avais trop les jetons à l’idée de refaire à l’envers ce que nous venions de faire, car avec mes chaussures trop pourries je n’arrivais pas du tout à sentir si mes pieds adhéraient au sol ou pas, et sur ce type de terrain c’était plutôt délicat. Nous avons ensuite fini de nous équiper avec les crampons, avant de nous encorder. Nous avions deux guides car on ne pouvait pas être plus de trois par cordée. Marjolaine et Xavier était donc avec un guide, tandis que moi j’étais toute seule avec le deuxième. J’en étais plutôt contente car comme ça je n’étais pas gênée d’aller lentement. En effet, le problème quand on est encordé, c’est que tout le monde doit aller au rythme du plus lent. Ce qui était bien dans le fait d’avoir deux guides, c’était aussi que si l’un d’entre-nous n’arrivait pas au sommet, les deux autres ne seraient pas obligés de faire eux-aussi demi-tour.  

Pour toute la durée de la montée, mon guide était devant moi et il fallait que je fasse attention à garder la corde assez tendue entre-nous deux. Mais au début, je n’avais pas compris que si celle-ci était trop tendue, il allait s’arrêter et m’attendre. Il a démarré la première pente sur les chapeaux de roue. Il faisait nuit donc je n’avais pas bien évalué le degré de cette pente, mais au retour j’ai pu constater que c’était l’une des plus raides que nous avions eu à grimper. Et nous, on l’a fait en moins de deux. Mais une fois passée, j’étais déjà complètement dans le rouge, je n’arrivais plus à prendre mon souffle. J’étais déjà à deux doigts de m’écrouler. Nous avions fait 20m. J’essayais pourtant de suivre mon guide, mais j’étais obligée de lui dire stop très régulièrement. De plus, une fois la première côte passée, j’ai pu constater que les autres pentes seraient toutes également très raides, qu’il n’y aurait pas de lacet, que la pente ne serait jamais douce. J’avais parcouru à peine 200m et je me demandais déjà comment je ferais pour arriver jusqu’au sommet. 

Au bout d’un moment, j’ai compris que ce n’était pas à moi d’essayer de suivre le rythme de mon guide, mais lui qui devait s’adapter à ma lenteur. J’ai alors réussi à trouver un bon rythme, et j’ai pu avancer pas mal sans m’arrêter. Et ce, jusqu’à ce que mon guide décide pour une raison inconnue de s’éloigner du « sentier » bien damé pour aller dans la poudreuse. Je m’enfonçais à chaque pas, et la pente à cet endroit là fût plus dure à grimper que n’importe quelle dune de sable. Je faisais un pas et je reculais d’autant. J’étais presque à genou dans la neige à essayer de m’élever comme je pouvais. Chaque pas m’arrachait un cri de souffrance. Mais finalement, à force de tout donner j’y suis arrivée, et nous avons rejoint le chemin. Cependant, cette partie m’avait tellement cassée que je n’arrivais même plus à tenir un rythme. J’étais de nouveau obligée de m’arrêter régulièrement, si bien que je ne prenais même plus la peine de demander la permission à mon guide. Je m’arrêtais juste, et lui ne pouvait faire autrement que de s’arrêter aussi. Nous devions alors n’être qu’à 5200m d’altitude au maximum. 

C’est aussi à ce moment là que j’ai commencé pour la première fois à sentir à nouveau un petit mal de tête. Dès que ce fût le cas, j’ai tout de suite demandé au guide de s’arrêter pour que je puisse boire. Mais quand j’ai pris ma bouteille d’eau, j’ai constaté que l’eau était quasiment gelée. J’avais 2 litres d’eau dedans, mais déjà des glaçons se formaient à l’intérieur. L’eau était tellement froide que je ne pouvais prendre que quelques petites gorgées à la fois, sinon je risquais de refroidir mon organisme. Depuis le moment où nous avions mis les pieds sur la neige, la température ambiante s’était considérablement rafraichie (comme si elle ne l’était pas déjà assez comme ça avant). Si je l’avais noté, ça ne m’avait pas plus embêté que ça pendant l’effort. Il y avait juste le fait que mon nez coulait sans arrêt et que mon rhume se transforme immédiatement en glace sur ma peau. Mais sinon, ça allait. Comme je vous l’ai dit, il faisait entre -10 et -15°C. Heureusement, nous étions chanceux, c’était un jour sans vent. Mais du coup, il était impossible de faire des pauses très longues. Dès que l’on s’arrêtait deux minutes, on pouvait sentir le froid commencer à s’emparer de nos os. C’est aussi pourquoi je ne pouvais pas prendre le temps de boire beaucoup à la fois. J’avais quand même peur que toute mon eau ne gèle et que je ne puisse plus boire, mais ce n’est qu’une fois dans la descente que le goulot de ma bouteille s’est retrouvé pris dans la glace. J’ai donc eu de l’eau pendant toute la montée. Et heureusement, car effectivement, boire m’enlevait mon mal de tête. À chaque fois que je commençais à sentir quelque chose, je buvais et ça passait. 

Quand nous sommes arrivés vers 5300m, nous avons pour la première fois aperçu notre objectif : le sommet. Et il était loin ! Il paraissait absolument inaccessible. Quand à moi, j’avais de plus en plus de difficultés à prendre mon souffle, malgré la respiration que je m’imposais à chaque pas. Mon guide m’a alors dit que je m’y prenais mal pour respirer, car je n’utilisais pas le nez. Le mieux, c’est d’inspirer par le nez et d’expirer par la bouche. J’ai essayé d’appliquer ses conseils, mais il est dur de changer ses habitudes. Si en marchant je n’y arrivais pas trop, je m’appliquais bien dans les phases de récupération, et effectivement je retrouvais mon souffle beaucoup plus vite. 

Mais peu de temps après, vers 5400m, un autre problème a commencé à faire surface, pire que tous les autres : j’étais complètement à cours d’énergie. Un peu comme une fringale si vous voulez. Au début, j’ai essayé de passer outre, mais chaque pas me coûtait énormément. Je sentais que je pouvais m’écrouler à tout moment, sans pouvoir aller plus loin. Je ne voyais alors pas du tout comment j’allais pouvoir atteindre cette pointe que je voyais au loin. Un peu plus loin, nous avons eu un bout de plat, mais même là je n’arrivais plus à mettre un pied devant l’autre. C’est d’ailleurs là où j’ai calé. Je me suis arrêtée en plein milieu du chemin, prête à tomber. Mais pour la première fois mon guide a râlé : il m’a dit qu’il ne fallait surtout pas s’arrêter là car s’était une zone d’avalanche. Peut-être que ce mot m’a donné la dose d’adrénaline qui m’a permis de me remettre à avancer, mais une chose est sûre, tout n’était plus que mental à ce moment là. J’avais tout donné au niveau physique, il était temps à l’esprit de prendre le relai. Juste après, je me suis tapée une autre de ces côtes super raides dont la montagne à le secret, mais là encore mon esprit m’a fait avancer, d’autant plus que Marjolaine et Xavier étaient en train de faire une petite pause en haut de celle-ci. Or, je savais que Xavier avait dans son sac de l’or en barre : des dosettes d’énergie pure. De loin, je leur ai donc crié de m’attendre, qu’il m’en fallait absolument une. Il s’agit en fait d’une sorte de gel qu’on peut diluer dans de l’eau, ou bien le gober comme ça pour une assimilation plus rapide. Et effectivement, j’ai vite senti qu’un peu d’énergie commençait à revenir dans mes muscles. Un peu plus loin, j’ai mangé un petit gâteau histoire d’en avoir encore un peu plus. Mais rien que le temps de le manger, j’avais déjà froid. Donc, je n’ai pas pu en prendre plus. Nous étions à environ 5500m. Grâce à ce petit regain d’énergie, j’ai trouvé la force de continuer à avancer, un pas après l’autre. J’avais décidé de ne plus regarder en haut ni devant moi, juste mes pieds. Comme ça, je ne pouvais pas voir les côtes casse-pattes qui allaient arriver, et j’avais des fois la surprise d’arriver en haut de ces même côtes beaucoup plus tôt que prévu. Je souffrais, mais je sentais que l’objectif n’était plus très loin, donc je me suis accrochée. 

C’est à environ 5600m que nous sommes arrivés devant un mur de neige. À cet endroit, la pente était juste à environ 80° d’inclinaison. Heureusement, il n’y avait que 10m à grimper environ. J’en ai bavé, je me suis accrochée, mais une fois en haut, j’ai pu enfin voir la dernière ligne droite et c’est à ce moment là que j’ai su avec certitude que j’allais y arriver. La bataille contre la montagne et moi-même touchait à sa fin. Cette dernière ligne droite fût plus raide que ce à quoi je m’attendais, j’ai dû faire beaucoup de pauses, mais finalement j’y suis arrivée. Alors que le sommet était à 10m de moi, je n’en pouvais plus, je n’avais plus d’air, mais comme ceux déjà au sommet me regardaient arriver, je me suis refusée à faire une nouvelle pause si prêt du but.  

Je ne suis arrivée que 5 minutes après Marjolaine et Xavier, au bout de 4h d’effort, et j’étais allée tellement au bout de moi-même que je n’avais même plus la force de lever les bras en signe de triomphe. Il m’aura fallu quelques minutes avant de pouvoir le faire. Mais pour exprimer ma joie d’être arrivée, ce sont en revanche des larmes qui se sont invitées dans mes yeux. Je que je ressentais à ce moment à était juste incroyable et indescriptible.  


Une fois au sommet, nous avons profité du lever du soleil pour prendre quelques photos et immortaliser notre exploit avant de prendre le chemin du retour et d’entamer la descente. Même si le plus dur était alors accompli, croyez-moi, la descente fût elle aussi un challenge à part entière. Mes pieds brûlaient de douleur à cause des frottements. Il aura fallu 2h pour atteindre le pied du glacier. J’ai ensuite dû attaquer la partie avec les rochers que je redoutais à cause de mes chaussures, et ce fût d’autant plus dur que j’étais à bout de force. 

Une fois au campement, nous avons un peu mangé avant de tout remballer et de redescendre au point de départ. Il nous aura fallu une heure de souffrance de plus, mais nous avons finalement pu goûter à la joie de nous asseoir dans le minibus et de savoir que notre calvaire était enfin terminé pour de bon. 

Je parle de calvaire, parce que s’en était bien un, mais ne vous méprenez pas, je ne regrette pas du tout d’avoir participé à cette magnifique aventure. Le sentiment de dépassement de soi est quelque chose d’assez rare pour être précieux, tout comme la fierté d’avoir accompli quelque chose d’exceptionnel.

 

P.S : Je crois que c’est le message le plus long que j’ai jamais écrit. J’espère qu’en le lisant vous avez pu souffrir autant que moi j’ai souffert en me remémorant ces souvenirs.



Etapes :
Huaraz

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Par véro

le 14/06/2012 à 09:22:00

Quelle intensité dans ce message incroyable... Oui bien sûr qu'on souffre avec toi en te lisant, mais j'ai même senti monter la boule dans ma gorge, en même temps que les larmes dans tes yeux au sommet ...
C'est bien de nous raconter tout ça en détails, je n'avais pas mesuré l'intensité de cette aventure en parlant avec toi sur skype le lendemain !
Je vais essayer de skyper cet après midi
Tu nous partages qq chose de très fort par ton blog. Bisous Céline

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Par Celine Cetre

le 14/06/2012 à 15:03:46

Aujourd'hui je pars visiter des ruines Incas toute la journée. Je ne serais donc pas dispo pour skyper. Mais demain peut-être. Bisous

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Par juju

le 14/06/2012 à 13:53:51

Maman, qui est chez moi pour quelques jours, m'a dit ce midi quand je suis rentrée du boulot qu'il fallait absolument que je lise ton message... mais je ne mesurais pas moi non plus l'intensité de ce que j'allais lire. C'est incroyable une fois de plus ce que tu as fait, et tu as une capacité magique à nous faire ressentir tes émotions. Merci. Merci.

Bisous forts.
Juju


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Par maman

le 14/06/2012 à 22:08:30

de la folie? du masochisme? non, une volonté farouche qui t'anime et qui me dépasse...une enfer et un paradis...tout est extrême dans ce récit; Dieu soit loué, je savais que cela se terminait bien pour t'avoir eu sur skype...mais quand même, dans cet état de fatigue, c'est dangereux et fou de faire cela.

bisous à tous ceux qui lisent le blog

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Par maman

le 14/06/2012 à 22:13:34

et tes pieds? tu avais des ampoules? c'est l'horreur de marcher avec des chaussures qui font mal...maintenant à chaque pas tu dois déguster le plaisir d'être en baskets!

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Par Celine Cetre

le 14/06/2012 à 23:34:53

Non pas vraiment d'ampoules, plutôt des brûlures. J'ai eu mal pendant un ou deux jours après ça, mais maintenant ça va.

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Par tatie claudine

le 14/06/2012 à 23:12:33

je ne sais pas où tu trouves la force pour de tels défis ? avancer sans cesse malgré l'épuisement, la douleur... BRAVO et merci de nous faire vivre tout ça. Tes textes me tiennent toujours en haleine. Bonne continuation, faits attention à toi. gros bisous.

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Par Celine Cetre

le 14/06/2012 à 23:36:30

Je ne sais pas moi non plus où je trouve la force. Peut-être dans le prix de ce genre de choses, ce que j'ai oublié de préciser dans le texte. Quand on paye 170$ pour un truc comme ça, on a envie d'arriver au bout !
Bisous à toi aussi !

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Par Michèle Battisti

le 18/06/2012 à 14:15:29

Tu as une force intérieure et une volonté incroyables et peut-être que de le faire avec tes amis français a aidé à surmonter l'épreuve... et l'arrivée est à la hauteur de tous tes efforts ! Un peu de repos maintenant, qu'on reprenne notre souffle !!!

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Par Celine Cetre

le 18/06/2012 à 15:05:09

Oui là je ralenti un peu le rythme, mais c'est surtout pour pouvoir voir les matchs de foot de l'Euro.

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Par edith

le 24/06/2012 à 23:30:31

Après un décrochage, je viens de lire plusieurs messages dont celui de ta montée au sommet du Vallanaraju...j'ai un peu les larmes aux yeux. C'est beau et incroyable, 5680 m je me rends à peine compte de ce que c'est , en principe il faut 10 jours d'adaptation t toi tu y montes comme ça, avec des chaussures dures pourries mais une volonté de fer...je pense que ton papa a du être fier aussi et ému; c'est vrai que vous veniez de partager le même genre d'aventures mais moins éprouvantes.
Bisous Céline, on pense à toi,bravo et à bientôt

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Par Celine Cetre

le 25/06/2012 à 01:37:33

C'est vrai que je n'ai pas eu 10 jours d'adaptation, mais ça faisait quand même près de 2 mois que je vivais à haute altitude (entre 3000 et 4000m). Après, c'est vrai que j'ai eu une semaine au niveau de la mer juste avant, mais je ne crois pas que ça ai suffit à me faire perdre totalement ce que j'avais gagné avant.
Quand à Papa, il était contente que je ne fasse "que" 5686m, parce que lui son maximum était de 5700m. Comme ça, je ne le battais pas.

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