Lundi matin, je me
suis levée après une nuit à gamberger sur tous les scénarios possibles de la
journée à venir. En effet, c’était le jour du départ pour El Salvador, et il y avait beaucoup trop d’inconnues dans
l’équation à mon goût. Le but était d’arriver jusqu’à mon hôtel de Santa Ana
avant la tombée de la nuit. Mais avant, je savais qu’il me faudrait trouver mon
bus pour San Salvador (la capitale du
Salvador), traverser des montagnes, franchir la frontière, changer de bus et de
terminal à San Salvador et enfin trouver mon hôtel à Santa Ana. Le tout, avec mon gros sac bien entendu. Vous
comprendrez que beaucoup de choses pouvaient tourner mal et qu’il était tout à
fait envisageable que je n’atteigne pas mon objectif dans le temps imparti.
Premièrement, il m’a fallu prendre le bus qui
allait « directement » de Santa
Rosa de Copán à San Salvador. Il
s’agissait d’un bus international, comme je vais essayer d’en prendre un
maximum pour franchir les frontières, peut importe le coût. En effet, cela
évite de se retrouver en ballotage dans ce genre d’endroit. Bien sûr, toutes
les frontières ne sont pas dangereuses, mais je ne tiens pas à découvrir
lesquelles le sont en me faisant attaquer. Donc, bus international. On descend
du bus juste le temps de se faire tamponner son passeport : pas de gros
risques.
Mais du bus que je
devais prendre ce jour-là, je ne savais pas grand-chose. Mon guide me disait
qu’il y en avait un tous les jours à 8h30, et le gars de mon hôtel me disait
que c’était entre 8h et 9h. Pour compliquer le tout, la compagnie de bus qui
fait ce trajet change tous les jours. Impossible de savoir sur laquelle je
tomberai avant de voir arriver le bus. Cela veut aussi dire : impossible
de réserver quoi que ce soit. En plus de l’heure, la seule autre chose que je
connaissais était l’endroit d’où le bus était censé partir. L’horaire de départ
ne me semblant pas très fiable, j’étais déjà sur place à 7h45 pour essayer d’en
apprendre un peu plus. Je me suis renseignée auprès d’un gars qui portait un
T-shirt de compagnie de bus. Il m’a tout de suite rassurée car il savait de
quoi je parlais, et il m’a confirmé que le bus que je voulais prendre existait
bel et bien. Il m’a aussi dit que celui-ci venait de plus loin et devrait
passer par ici vers 9h, mais qu’il ne fallait pas que je m’inquiète car il me
préviendrait quand il serait là. Il a aussi levé mon inquiétude sur le fait de
ne pas avoir de ticket : il m’a dit qu’il fallait le prendre dans le bus.
Vers 9h, mon bus est
enfin arrivé. Comme on me l’avait dit, s’en était un du même type que ceux dont
on à l’habitude en France : avec une soute à bagages. En montant dans le
bus, j’ai été étonnée du nombre de locaux qui montaient également à bord. Mais
en fait, ce bus c’est comporté comme n’importe quel chicken bus : en
s’arrêtant un peu partout. Et bien entendu, beaucoup de gens devaient rester
debout. Heureusement, j’avais une place assise. Par contre, je n’étais du coup
pas très rassurée du fait que mon sac soit dans la soute à bagage car il était
très difficile de contrôler que personne ne l’embarque. Au bout d’un moment,
j’ai pu avoir une place juste à côté de la fenêtre : un superbe point de
contrôle. Mais comme je n’avais pas le faire avant, il me restait quand même un
doute sur le devenir de mon sac.
Au fil du chemin,
une nouvelle inquiétude a commencé à s’installer dans ma tête : comment
vont-ils faire à la frontière, avec tellement de gens, pour être sûrs de
n’oublier personne ? La réponse est venue à 5km de celle-ci, quand le bus
s’est arrêté dans la dernière ville et que quasiment tout le monde en est descendu.
Il ne restait alors plus qu’une dizaine de personne dans le bus et c’est à ce
moment que l’aideur est passé avec un papier pour relever nos numéros de
passeport et tout ce dont il avait besoin pour passer la frontière. Dès ce
moment là, je me suis sentie prise en main et soulagée.
Le passage de
frontière s’est passé sans encombre. J’ai eu mon tampon de sortie du Honduras,
et après de nombreuses questions sur le parcours de mon voyage et un examen
minutieux de tous mes tampons, le douanier Salvadorien m’a accordé le droit
d’entrée dans le pays. Mais j’ai été surprise du fait de ne pas recevoir de
nouveau tampon. En fait, au Salvador, ils n’en mettent pas. Tout est
informatisé.
Il était déjà 12h45
quand le bus a enfin commencé à rouler sur les routes salvadoriennes. D’après
mes calculs, si je voulais pouvoir arriver à Santa Ana de manière sûre avant la
nuit, il fallait que le bus n’arrive pas plus tard que 15h30 à San Salvador.
Sachant qu’il nous avait déjà fallu plus de 3h pour en arriver là et qu’il
restait à peut près la même distance kilométrique à parcourir, ça allait se
jouer sérer. Mais en fait, pas du tout ! Nous sommes arrivés à 14h30. Après
15 jours à ne prendre que des bus qui s’arrêtent partout, j’ai enfin pu
redécouvrir les joies du bus express. En effet, la compagnie de mon bus était hondurienne,
et je ne pense pas qu’elle avait la licence pour concurrencer les chicken bus
salvadoriens. Ce qui m’a le plus plu dans l’affaire, c’est le nombre de bus
locaux que l’on a dépassé en chemin. Il y en avait tellement (environ un toutes
les 10 minutes puis même toutes les 30 secondes quand on est entré dans San
Salvador) que j’en ai perdu le compte. En plus de ça, si la totalité du trajet
au Honduras s’est fait à travers des routes dignes de celles de l’Ardèche, les
trois quart de la partie salvadorienne étaient en ligne droite. Côté paysage,
j’ai tout de suite aimé ce que j’ai vu. En plus, la pluie diluvienne qui était
présente depuis mon réveil s’est comme par magie transformée en un magnifique
soleil une fois la frontière franchie.
Une fois à San
Salvador, il me restait encore la partie que je redoutais le plus :
changer de terminal. Devoir traverser une capitale que je ne connais pas avec
mon gros sac sur le dos ne m’enchantait pas particulièrement. Je ne savais pas
non plus combien de temps j’allais perdre dans l’affaire. Je savais que si
j’étais trop en difficulté, il me restait toujours l’option taxi, mais si je
pouvais économiser 5$, je n’allais pas m’en priver. Première difficulté :
alors que je pensais qu’on allait arriver au Terminal de Oriente, nous sommes en fait arrivés dans un terminal
privé dont je n’avais aucune idée de où il se situait dans la ville. Or, ma
préparation était basée sur le fait que j’arriverai au Terminal de Oriente. J’avais à l’avance noté quel numéro de bus je
devais prendre pour atteindre le Terminal
de Occidente, j’avais la carte du chemin dans ma tête pour savoir où
descendre,… Mais là, il a fallu que j’improvise. J’ai donc demandé aux locaux
quel bus je devais prendre et dans quelle direction. Une fois toutes les infos
recueillies, j’ai attendu à l’endroit indiqué. Pas longtemps : une minute
à peine. Je m’attendais a un bus du type « colectivo », mais en fait, il s’agissait d’un réel bus urbain
tel que ceux dont j’ai l’habitude. Enfin… dont j’avais l’habitude. J’ai mis du
temps à réaliser qu’il n’y avait pas d’aideur et qu’il fallait que je paye mon
ticket directement au chauffeur. 0,20$ contre 5$ pour un taxi, ça vaut le coup
de se décarcasser. Grâce à une dame très gentille, j’ai même eu droit à une
place assise. Et d’autres personnes ont été d’une grande aide pour me dire où
et quand descendre. Bon, pour descendre, j’ai quand même eu un petit problème
car il me fallait passer un tourniquet qui était placé beaucoup plus haut que
celui à l’entrée que je n’avais eu aucun mal à franchir. J’ai donc dû me
contorsionner avec mon sac pour réussir à sortir. La prochaine fois je saurais,
et j’attendrais d’être dehors pour remettre mon sac sur mon dos. Une autre dame
a ensuite eu l’amabilité de me guider à travers le terminal jusqu’à mon prochain
bus. Des fois, le sac qui intrigue, ça a du bon ! Il était 14h50 quand je
suis montée dans le bus. 20 minutes pour changer de terminal, c’était inespéré.
Même en taxi je ne pense pas que j’aurais fait mieux.
Le bus que j’ai pris
pour Santa Ana était un
« Express ». Mais de tous les express que j’avais pris jusqu’à
présent, aucun n’en était réellement un. Il est très dur d’aller à l’encontre
de la nature des chauffeurs en leur demandant de ne pas s’arrêter pour
récupérer chaque âme perdue le long de la route. À ma plus grande surprise, et
à ma grande joie aussi, celui en était vraiment un. Après s’être arrêté à
beaucoup d’arrêts de bus dans la capital, il s’est ensuite engagé sur la voie
rapide et ne s’est plus arrêté une seule fois jusqu’à Santa Ana où il a recommencé à déposer des gens un peu partout.
Pour trouver mon
hôtel, j’avais besoin qu’on me dépose au centre-ville. Mais visiblement, le
chauffeur ne l’avais pas compris et ne m’a pas dit où était le centre-ville. Ce
n’est que quand j’ai commencé à voir de moins en moins de maisons que je m’en
suis inquiétée. Du coup, le chauffeur m’a tout de suite fait descendre en me
disant quel numéro de bus je devais prendre dans l’autre sens pour retourner au
centre. Le temps de traverser la rue, le bus en question était déjà là. 5
minutes après, je marchais enfin dans les rues de Santa Ana. Sauf que je n’avais aucune idée d’où exactement. Afin
d’éviter de marcher dans le mauvais sens, j’ai repéré deux policiers à qui je
suis allée demander mon chemin. Après un instant de concertation et un coup de
fil passé à un de leurs collègues, ils m’ont dit qu’ils allaient m’accompagner,
que c’était sur leur chemin. C’est ainsi que je me suis faite escorter par deux
policier à travers les rues de Santa Ana
– découvrant que le slogan « sécurité-protection-service »
qui figue sur leur uniforme n’est pas juste de belles paroles – jusqu’au poste
de police d’où ils m’ont indiqué dans quelle direction je devais continuer. Je
suis arrivée à mon hôtel à 17h45, 15 minutes avant l’heure limite. Mission
accomplie.
J’ai ensuite pu
découvrir mon auberge de jeunesse. Magnifique. J’ai été très impressionnée.
C’est très propre, il y a une cuisine très fonctionnelle, et il y a même un
petit ventilateur individuel au dessus de chaque lit du dortoir.
Vous l’aurez
surement déjà compris à travers mon récit, j’ai tout de suite eu un coup de
c½ur pour le Salvador. Ma première impression reste à confirmer mais je pense
que si de tous les pays d’Amérique Centrale que j’ai visité – Mexique exclu – un
seul devait devenir la nouvelle destination touristique à la mode, ce serait le
Salvador. Ils ont un train d’avance.
Rendez-vous dans mon
prochain message pour en découvrir plus sur ce pays au travers de mes
différentes explorations (et déjà rien qu’aujourd’hui, j’ai été servie !).
Etapes :
Santa Ana